Pré de fauche : comment le gérer efficacement ?

Après avoir exploré les pratiques de gestion des espaces verts dans l'article "Fauchage, tonte différenciée, prairie fleurie… Comment s’y retrouver ?" ; et répondu aux inquiétudes liées aux hautes herbes dans l'article "Tonte différenciée et pré de fauche : comment répondre aux inquiétudes des citoyens", une question revient souvent chez les gestionnaires : comment gérer efficacement un pré de fauche ? 

Souvent perçu comme une simple zone laissée à l’abandon, le pré de fauche résulte en réalité d'une gestion spécifique et intentionnelle. Bien mené, il favorise la biodiversité tout en réduisant les coûts et le temps d'entretien. Encore faut-il en connaître quelques principes essentiels. 

Qu'est-ce qu'un pré de fauche ? 

Un pré de fauche est un espace ouvert dans lequel la végétation évolue librement afin de permettre aux plantes de réaliser pleinement leur cycle de vie, avant d’être fauchée une à deux fois par an. Contrairement à une prairie fleurie, il n'est ni semé, ni arrosé, et le sol n’est pas travaillé. La végétation se développe spontanément selon le sol, le climat, la banque de graines en présence et l'historique du site.  

Pré de fauche à Genappe - Adalia
Photo : Pré de fauche à Genappe - Adalia

Au fil du temps, on y trouve principalement des graminées accompagnées d'une diversité variable de plantes à fleurs sauvages. La composition de la végétation dépend fortement de la richesse du sol. De manière générale, les sols pauvres favorisent une végétation plus diversifiée et souvent plus riche en fleurs sauvages. Mais il peut aussi évoluer progressivement en fonction des pratiques de gestion mises en œuvre. 

Le pré de fauche s'intègre parfaitement dans une démarche de gestion différenciée. Il ne remplace pas toutes les surfaces tondues, mais les complète en offrant davantage de place à la biodiversité là où cela est possible. 

Pourquoi mettre en place un pré de fauche ? 

Les bénéfices d'un pré de fauche dépassent largement la seule question de la biodiversité. 

Sur le plan écologique, il constitue une source de nourriture pour de nombreux animaux : insectes pollinisateurs, oiseaux, petits mammifères, amphibiens, reptiles, etc. Il offre également des refuges, des sites de reproduction et contribue au développement du réseau écologique. 

Tircis (Pararge aegeria) sur une ombellifère sauvage
Photo : Tircis (Pararge aegeria) sur une ombellifère sauvage - Adalia  

Les racines, plus profondes que celles d’un gazon tondu, favorisent l'infiltration de l'eau, limitent l'érosion des sols et améliorent leur structure. Les végétations hautes participent aussi au rafraîchissement du milieu grâce à l'évapotranspiration et résistent généralement mieux aux périodes de sécheresse que les gazons tondus très courts. 

 

Schéma de la profondeur des racines en fonction de la hauteur de coupe
Photo : schéma de la profondeur des racines en fonction de la hauteur de coupe - Source : www.milorganite.com/blog/Lawn/five-steps-healthy-lawn  

Pour les communes, l'intérêt est également organisationnel. Une ou deux interventions par an remplacent en moyenne 8 à 25 tontes annuelles, ce qui réduit la consommation de carburant ou d'électricité, l'usure du matériel et le temps consacré à l'entretien. Cela permet donc aussi de réduire le coût de la gestion à l’année. 

Quand faut-il faucher ? 

La période de fauche joue un rôle essentiel, notamment pour la préservation de la biodiversité. Dans le cas du fauchage tardif, l'intervention est réalisée après que la majorité des plantes aient terminé leur cycle de floraison et produit leurs graines.  

En Wallonie, on considère généralement qu'un fauchage est tardif lorsqu'il est effectué après le 1er août au nord du sillon Sambre-et-Meuse et après le 1er septembre au sud. Cependant, l’idéal, quel que soit l’endroit où l’on se situe, est d’effectuer le fauchage à partir du mois de septembre, voire en octobre, afin de limiter l’impact de la fauche sur la faune. 

Cette gestion permet aux plantes de se reproduire et à de nombreux insectes de se nourrir, se reproduire et d’accomplir leur cycle de vie.  

Néanmoins, si vous constatez que la végétation est très peu diversifiée, qu’elle est composée d’une majorité de graminées ou de plantes telles que des orties ou des ronces, vous pouvez alors effectuer deux fauches. L’une mi-juin, l’autre en septembre-octobre en exportant la matière coupée afin d’appauvrir le sol. 

Comment préserver davantage la biodiversité lors du fauchage ? 

Même réalisé tardivement, le fauchage a un impact sur les insectes et les autres animaux présents dans la végétation. Quelques mesures simples permettent cependant de le réduire au maximum. 

Conserver des zones refuges 

Lorsque cela est possible, il est intéressant de laisser chaque année une zone non fauchée, dans lesquelles les insectes, les petits mammifères et certains oiseaux granivores pourront venir se réfugier pour accomplir l’ensemble de leur cycle de vie.  

Pour ce faire, le mieux est de mettre en place ce qu’on appelle la « fauche par section ». Il faut diviser la zone à faucher en plusieurs sections et réaliser un plan de fauche afin de laisser des zones refuges une année sur deux ou trois par exemple (voir tableau ci-dessous).  

Le but est d’éviter de laisser une même zone refuge deux années de suite, ce qui pourrait favoriser le développement de ligneux et enrichir progressivement du sol. 

 

Tableau d'un plan de fauche par sections Division d'un pré de fauche en trois sections
Ci-dessus : à gauche, tableau d'un plan de fauche par sections (Adalia) - à droite, division d’un  pré de fauche en sections (Adalia) 

Faucher du centre vers l'extérieur 

Le sens de fauche et la vitesse d’avancement influencent directement les possibilités de fuite de la faune. 

Une progression du centre vers la périphérie permet aux animaux de s'échapper vers les bords. À l'inverse, un fauchage réalisé de l'extérieur vers le centre peut les piéger. Il est également conseillé d'adopter une vitesse modérée, l’idéal étant de maximum 10km/h.  

Adapter la hauteur de coupe  

Une hauteur de coupe de minimum 10 cm est généralement recommandée pour diminuer les impacts de la fauche sur la biodiversité. l’idéal se situant entre 15 et 25 cm, si la machine le permet. Cette hauteur de coupe préserve davantage les invertébrés, certaines plantes ainsi que la structure du sol, tout en favorisant une meilleure reprise de la végétation.  

Pourquoi exporter les produits de fauche ? 

Lorsque les résidus de fauche sont laissés sur place année après année, ils enrichissent progressivement le sol. Cette richesse favorise principalement les graminées vigoureuses ainsi que les plantes nitrophiles très compétitrices telles que les orties ou les ronces, au détriment de nombreuses fleurs sauvages.  

À l'inverse, l'exportation de la matière permet d'appauvrir progressivement le sol et de diversifier les espèces végétales, et plus spécifiquement les plantes à fleurs.  

En pratique, il est recommandé de laisser sécher le foin quelques jours sur place avant de le ramasser. Cette étape permet notamment aux graines de retomber au sol avant l'exportation. 

Pour exporter les résidus de fauche, plusieurs solutions sont possibles. La plus simple est de réaliser une convention avec un agriculteur ou un éleveur local qui serait intéressé par les résidus de fauche. Ils sont bien équipés et peuvent, dans certains cas, effectuer le fauchage ainsi que l’exportation.  

Si vous le réalisez vous-même, suivant la superficie de la zone vous pouvez soit utiliser une faneuse, qui va rassembler les herbes coupées en andains, facilitant grandement leur ramassage, soit une balloteuse qui va former des ballots, intéressants également pour certains éleveurs, à condition qu’ils soient exempts de plantes toxiques ou de déchets.  

Faneuse sur porte-outils
Photo : faneuse sur porte-outils - photo Adalia 

Quelle machine privilégier ? 

Toutes les machines n'ont pas le même impact sur la biodiversité. Les matériels qui broient fortement la végétation, comme certaines tondeuses à fléaux ou épareuses, provoquent des mortalités importantes chez les insectes et autres petits animaux.  

Lorsque c'est possible, les systèmes de coupe nette, tels que les barres de coupe ou certaines motofaucheuses, sont à privilégier. Elles préservent davantage la faune présente dans la végétation. Il en existe de tout type, sur porte-outils, sur des petites machines en une pièce ou encore à fixer sur un tracteur. 

Barre de coupe pour le fauchage
Photo : barre de coupe, - photo Adalia   

Il existe également des machines rotatives qui ont pour la plupart l’avantage de réaliser des andains, cependant leur impact sera un peu plus important que les barres de coupe, car la rotation des lames peut provoquer l’aspiration de certains insectes.  

Faucheuse rotative à tambour Couteau d'un tambour pour le fauchage
Photos : à gauche, faucheuse rotative à tambour (Adalia) - à droite, couteau d’un tambour 

Le choix dépendra bien sûr de la taille des surfaces à gérer, de la topographie du terrain, du budget disponible et du matériel déjà en votre possession. 

Un changement qui se prépare... et qui s'explique 

La réussite d'un pré de fauche ne dépend pas uniquement de sa gestion technique. 

Une végétation plus haute peut susciter des réactions de la part des citoyens. Il est donc essentiel d'accompagner les changements par une communication adaptée. 

Panneaux explicatifs sur site, articles dans le bulletin communal, publications sur les réseaux sociaux, visites de terrain ou conférences constituent autant d'outils permettant d'expliquer les objectifs poursuivis et les bénéfices attendus.  

Une gestion écologique est généralement mieux acceptée lorsqu'elle est comprise. 

En conclusion 

Le pré de fauche est bien plus qu'une zone laissée à l’abandon. Il s'agit d'un mode de gestion à part entière qui repose sur quelques principes simples : faucher peu, faucher au bon moment, préserver des zones refuges et exporter les résidus de coupe. 

Mis en œuvre de manière réfléchie, il permet de renforcer la biodiversité, d'améliorer la résilience des espaces verts face au changement climatique et de réduire les besoins d'entretien

Comme souvent en gestion écologique, la réussite repose autant sur les pratiques techniques que sur la communication auprès des citoyens. 

Si vous souhaitez en savoir plus sur la gestion d’un pré de fauche, n’hésitez pas à participer à nos formations sur le sujet ou à contacter l’un de nos conseillers techniques. 

Un article de Célia Larrinaga-Balseiro, conseillère technique chez Adalia

Pour aller plus loin… 

Cet article s’appuie sur les sources suivantes, ainsi que sur quelques ressources complémentaires pour aller plus loin :