Tonte différenciée et pré de fauche : comment répondre aux inquiétudes des citoyens ?

Tonte différenciée

Tiques, épillets, allergies et acceptabilité sociale : éléments de réponse et conseils de gestion 

La mise en œuvre d'une gestion différenciée des espaces verts, incluant notamment la réduction de la fréquence de tonte, le fauchage tardif ou la création de zones de végétation plus haute, suscite un intérêt croissant au sein des communes. 

Ces pratiques contribuent au développement de la biodiversité, à l'amélioration de la résilience des espaces face aux changements climatiques et à la diversification des paysages. Elles peuvent toutefois soulever certaines interrogations de la part des usagers, des riverains ou des agents de terrain. 

Parmi les préoccupations les plus fréquemment exprimées figurent la présence potentielle de tiques, les risques liés aux épillets pour les animaux domestiques, l'augmentation supposée des allergies ou encore la perception d'un manque d'entretien des espaces publics. 

Dans la plupart des situations, ces enjeux peuvent être anticipés et intégrés dans la gestion des sites grâce à des aménagements adaptés et à une communication appropriée. Cet article propose un éclairage sur ces différentes questions afin d'accompagner les gestionnaires d'espaces verts dans leurs choix de gestion. 

Les tiques : un risque à relativiser 

La présence de tiques constitue l'une des préoccupations les plus souvent associées aux zones de végétation haute. 

Si ces arthropodes peuvent effectivement transmettre certaines maladies, leur présence ne se limite pas aux espaces non tondus. Les tiques apprécient avant tout les milieux enherbés, humides et ombragés : lisières forestières, haies, tas de feuilles, fourrés ou zones de transition entre différents milieux. Elles peuvent ainsi être présentes dans des espaces régulièrement tondus dès lors que ces conditions sont réunies. Leur présence dépend aussi de celle de leurs hôtes, comme les rongeurs, les hérissons ou encore les chevreuils. 

Tique

Le maintien de zones de végétation plus haute peut constituer un habitat favorable, sans pour autant transformer systématiquement un espace vert en zone à risque. De nombreux espaces verts gérés de manière classique accueillent déjà des populations de tiques sans que leur présence ne soit particulièrement remarquée. 

Cependant, le risque est souvent surestimé. En effet, en Belgique, seulement 10 % environ des tiques sont porteuses de la bactérie responsable de la maladie de Lyme. Même lorsqu’une piqûre provient d’une tique infectée, la transmission n’est pas systématique et toutes les personnes contaminées ne développent pas la maladie. L’élément crucial reste le diagnostic précoce, car un traitement antibiotique administré rapidement permet généralement de soigner la maladie de manière très efficace. 

Certaines mesures permettent néanmoins de limiter les contacts avec les usagers. Il est notamment recommandé de maintenir des bandes tondues le long des cheminements, autour des aires de jeux, des équipements ou des espaces de détente. Ces zones de transition assurent une séparation fonctionnelle entre les espaces fortement fréquentés et les zones davantage dédiées à la biodiversité. 

Dans les secteurs particulièrement humides ou ombragés, une vigilance accrue peut être nécessaire afin d'éviter une végétation excessivement dense à proximité immédiate des zones d'usage. 

Tonte différenciée

 

Photo : tonte différenciée dans un parc public 

Par ailleurs, des espaces verts diversifiés et écologiquement fonctionnels favorisent la présence d'espèces susceptibles de contribuer à la régulation naturelle des populations de tiques. Oiseaux insectivores, crapauds, musaraignes, carabes ou encore lézards participent à ces équilibres écologiques, même si leur impact varie selon les contextes. 

Les épillets : un enjeu à intégrer dans la gestion des sites 

Les épillets constituent une préoccupation récurrente, particulièrement dans les espaces fréquentés par les chiens. 

Ces graines provenant de certaines graminées possèdent des arêtes orientées vers l'arrière qui facilitent leur progression dans les tissus ou les poils. Elles peuvent ainsi pénétrer dans les oreilles, les yeux ou la peau des animaux et provoquer des complications nécessitant parfois une intervention vétérinaire. 

Epi d'un brome stérile Epillet d'un brome stérile

 

Photo : épi et épillets d’un brome stérile 

Le risque est maximal durant la période estivale, lorsque les graminées montent en graines puis se dessèchent, généralement entre la fin du mois de juin et la fin du mois d'août. 

Toutefois, la présence d'une végétation haute n'implique pas systématiquement un risque élevé. Celui-ci dépend principalement de la composition floristique du site et des modalités de gestion mises en œuvre. 

Les épillets sont particulièrement fréquents dans les milieux dominés par certaines graminées telles que le brome stérile ou l'orge queue-de-rat. Ces espèces sont souvent favorisées par des sols riches en éléments nutritifs ou par une absence d'exportation des résidus de tonte et de fauche. À l'inverse, une gestion visant à favoriser la diversité végétale tend à limiter leur dominance. 

Brome stérile

 

Orge queue de rat

 

Photo : brome stérile et orge queue de rat 

Dans les espaces accueillant régulièrement des animaux de compagnie, plusieurs mesures peuvent être envisagées : 

  • Surveillance des secteurs dominés par des graminées à risque, 
  • Maintien de zones tondues le long des cheminements,
  • Adaptation des périodes de fauche
  • Ou encore la gestion ciblée de certaines espèces problématiques. 

L'objectif n'est pas de supprimer toute végétation haute mais d'adapter la gestion aux usages du site et aux périodes les plus sensibles. 

Allergies : une problématique multifactorielle 

La question des allergies est régulièrement soulevée lorsqu'on parle de végétation haute.  

Les graminées figurent effectivement parmi les principales sources de pollens allergisants. En Belgique, leur période de floraison s'étend généralement du début du mois de mai jusqu'à la fin du mois de juillet, selon Sciensano. 

Cependant, établir un lien direct entre végétation haute et augmentation des allergies constitue une simplification excessive

Les pollens sont transportés sur de longues distances et peuvent provenir de zones situées à plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de kilomètres. Dans ce contexte, la contribution d'un espace vert communal isolé reste souvent limitée par rapport à l'exposition globale. 

De plus, les graminées ne sont pas les seules espèces concernées. De nombreux arbres, tels que les bouleaux, aulnes ou noisetiers, figurent également parmi les principales sources de pollens allergisants. 

Calendrier des pollens - Sciensano

 

Photo : calendrier des pollens – Sciensano 

La diversité végétale joue ici un rôle intéressant. Un milieu dominé par quelques espèces de graminées produit beaucoup de pollen homogène, tandis qu’un milieu plus diversifié tend à diluer la présence d’un allergène en particulier. Favoriser la diversité peut donc contribuer à limiter certains effets. Dans cette logique, appauvrir progressivement le sol, notamment en exportant la matière végétale lors de la gestion, permet de favoriser les plantes à fleurs au détriment des graminées. 

D'autres facteurs interviennent également dans l'intensité des phénomènes allergiques. La fertilisation peut modifier certaines caractéristiques du pollen et accroître son potentiel allergisant. Le changement climatique favorise des saisons polliniques plus longues tandis que la pollution atmosphérique peut accentuer la sensibilité des voies respiratoires. 

Certaines pratiques de gestion peuvent également faire la différence. Une tonte moins fréquente avec exportation des déchets de fauche permet de laisser s’exprimer davantage de plantes à fleurs, ce qui favorise la diversité. À l’inverse, il est vrai que des tontes très régulières (toutes les semaines) limitent la production de pollen à court terme. Cependant, elles tendent aussi à favoriser les graminées sur le long terme, surtout lorsqu’elle sont combinées à des apports d’engrais. Les espaces verts deviennent alors plus uniformes et nécessitent un entretien régulier pour conserver cet aspect.  

Il est également possible d'agir sur la composition de la flore. Certaines espèces, comme les rhinanthes, sont des parasites naturels des graminées et contribuent à réduire leur vigueur en puisant dans leurs ressources. Leur présence favorise souvent la diversification progressive des prairies. 

Petit rhinante
Photo : petit rhinante (Rhinanthus minor)

Acceptabilité sociale et communication : des leviers essentiels 

Au-delà des aspects sanitaires, l'un des principaux défis rencontrés par les communes concerne l'acceptabilité sociale des pratiques de gestion différenciée

Une végétation plus haute est encore fréquemment associée à un manque d'entretien ou à un abandon des espaces publics

Pourtant, un espace géré de manière écologique peut parfaitement conserver une apparence soignée et structurée. Plusieurs aménagements permettent de rendre ce type de gestion plus lisible : bandes tondues, cheminements entretenus, bordures nettes ou délimitations claires entre les différentes zones de gestion. 

Tonte différenciée

 

Photo : tonte différenciée au Domaine du Bocage à Givry 

Ces éléments jouent un rôle important dans la perception des usagers et facilitent l'acceptation des espaces dédiés à la biodiversité. 

Et surtout, n’oubliez pas de communiquer : il est normal qu’un changement de pratique fasse réagir vos citoyens, en particulier les pratiques plus extensives comme les prés de fauche. Pour ce faire, vous pouvez utiliser différents canaux : panneaux à placer sur site, articles dans le bulletin communal ou sur le site internet de la commune, réseaux sociaux, ou encore organiser des visites de site ou des conférences. 

Panneau pré de fauche

 

Panneau tonte différenciée

 

Photo : panneaux de communication sur le pré de fauche et sur la tonte différenciée 

Certaines espèces comme les orties ou les ronces peuvent également apparaître et être perçues comme envahissantes. Leur présence traduit souvent un niveau élevé de fertilité du sol, lié notamment aux apports d'engrais ou à l'accumulation de matière organique. 

Selon les objectifs du site, deux approches sont envisageables :

  1. Conserver ces zones lorsqu'elles présentent un intérêt écologique particulier
  2. Faire évoluer progressivement le milieu vers une végétation plus diversifiée. 

Dans ce second cas, l'exportation régulière des produits de fauche et la limitation des apports nutritifs permettent progressivement d'appauvrir le sol. Cette évolution favorise généralement l'installation d'une flore plus diversifiée, plus équilibrée et souvent mieux acceptée par le public. 

Nous reviendrons plus en détail sur ces pratiques et sur la gestion d’un pré de fauche dans un prochain article. 

En résumé 

La mise en place d'une gestion plus écologique des espaces verts peut susciter certaines interrogations légitimes. Dans la plupart des cas, les préoccupations liées aux tiques, aux épillets, aux allergies ou à l'aspect visuel peuvent être prises en compte grâce à une gestion adaptée. 

Plutôt que d'opposer usages et biodiversité, la gestion différenciée cherche à les concilier. Quelques ajustements dans les pratiques d'entretien et dans l'aménagement des espaces suffisent souvent à atteindre cet équilibre. 

La communication joue également un rôle essentiel : expliquer les choix de gestion, anticiper les réactions et accompagner les changements permet de favoriser leur compréhension et leur acceptation par les citoyens. 

Un article de Célia Larrinaga-Balseiro, Conseillère Technique chez Adalia

Sources bibliographiques 

Cet article s’appuie sur les sources suivantes, ainsi que sur quelques ressources complémentaires pour aller plus loin : 

  • Le Vif (2022) – Que signifie « Mai Tonte à l’arrêt » pour les personnes qui souffrent du rhume des foins ?