Comment aider les oiseaux de nos jardins en hiver ?

Ce n’est plus un secret : l’état de nos populations d’oiseaux, même les plus communes, est inquiétant. En Wallonie, 55 % des oiseaux nicheurs communs voient leur population diminuer¹. Cette tendance à la baisse est fortement marquée chez les oiseaux liés aux milieux agricoles (et surtout ceux nichant au sol) ainsi que chez les oiseaux des milieux forestiers (notamment ceux dépendant des conifères). 

La première cause de cet effondrement est la perte des habitats : urbanisation galopante, déboisement, abattage de haies, intensification de l’agriculture, comblement des zones humides, etc. 

Dans ce contexte, nos jardins deviennent de véritables refuges pour les oiseaux, et chaque mètre carré compte. Alors, comment pouvez-vous les aider à surmonter la mauvaise saison dans votre jardin ? 

Exemple de jardin naturel
Exemple de jardin naturel 

Les oiseaux, mais pas qu’eux ! 

Avant toute chose, il est important de comprendre que la biodiversité présente dans nos jardins est interdépendante et indissociable. Chaque maillon de la chaîne alimentaire a son rôle : du plus petit micro-organisme vivant dans le sol, à la plante spontanée qui s’épanouit dans nos parterres, jusqu’au prédateur qui régule les populations de ravageurs. 

Les oiseaux occupent une place essentielle dans cette chaîne et dépendent des éléments situés en dessous d’eux pour se nourrir. Ils sont, à leur tour, régulés par les maillons au-dessus d’eux, limitant ainsi la prolifération d’espèces et la concurrence entre individus d’une même espèce. 

Bref, un équilibre naturel se crée dans nos jardins. Il est donc indispensable d’y favoriser toute forme de vie afin d’accueillir les oiseaux et de les aider de la meilleure façon possible. 

Pas de pesticides pour préserver la vie 

Dans le même ordre d’idée d’équilibre naturel, il est nécessaire de minimiser nos interventions, et principalement l’utilisation de pesticides. 

En effet, ces produits, même lorsqu’ils sont d’origine biologique, ont un impact sur la chaîne alimentaire. En plus de cibler et d’éliminer certaines plantes ou certains insectes, ils entraînent des répercussions sur toutes les espèces qui s’en nourrissent, provoquant ainsi des déséquilibres dans le cycle de la vie de nos jardins. 

De plus, ces produits chimiques s’infiltrent dans les sols, et leur rémanence²  peut être très longue. Certains se retrouvent même dans les nappes phréatiques, polluant ainsi nos eaux potables. 

Végétaliser : la meilleure des nourritures 

Qu’il s’agisse d’une zone enherbée entretenue de manière plus naturelle ou de la plantation de végétaux indigènes, le développement de la flore est à la base de la chaîne alimentaire. 

D’une part, en se décomposant, ces plantes enrichissent le sol en matière organique, nourrissant ainsi la faune du sol, dont certains organismes (comme les vers de terre) sont ensuite picorés par les oiseaux, notamment les merles. 

D’autre part, elles offrent des fleurs qui attirent de nombreux pollinisateurs, dont certains oiseaux se nourrissent au retour des beaux jours. Les insectes phytophages, quant à eux, se nourrissent de certaines parties des plantes et deviennent à leur tour des proies précieuses pour les oiseaux. 
Citons, par exemple, les mésanges qui se nourrissent de chenilles, ou encore les hirondelles, grandes consommatrices de papillons et de petits insectes volants. 

Mésange charbonnière capturant une chenille
Mésange charbonnière capturant une chenille 
Merle se nourrissant des fruits (appelés sorbes) du sorbier des oiseleurs
Merle se nourrissant des fruits (sorbes) du sorbier des oiseleurs 

Au-delà des arbres fruitiers, certains végétaux produisent des fruits qui attirent de nombreux oiseaux. La grive, par exemple, se délecte des baies du sorbier des oiseleurs, tandis que la fauvette apprécie les prunelles, fruits du prunellier. 

D’autres plantes, une fois montées en graines, constituent également une précieuse source de nourriture pour notre avifaune dès l’automne. Le chardonneret élégant raffole des graines de cardère, et les moineaux se nourrissent volontiers de graines de tournesol. 

En optant pour des plantes indigènes, c’est-à-dire locales et adaptées à notre territoire, vous rendez votre jardin plus résilient. En effet, ces végétaux sont adaptés à nos conditions climatiques, à nos ravageurs, à nos auxiliaires du jardin et, plus largement, à nos écosystèmes. Ils sont ainsi capables de s’épanouir sans intervention humaine. 

Chardonneret élégant sur fleur de cardère fanée et en graine
Chardonneret élégant sur fleur de cardère fanée et en graine 

 

Il est également intéressant de veiller à une diversité végétale, aussi bien en termes de strates (plantes herbacées, grimpantes, arbustes et arbres) que de périodes de floraison et de fructification. Certains oiseaux, comme le rougegorge et le troglodyte mignon, vivent près du sol et apprécient les massifs arbustifs denses, tandis que d’autres, tels que de nombreux rapaces, évoluent dans les canopées au sommet des arbres. 

En étalant les périodes de floraison et de fructification, vous offrez une nourriture continue tout au long de l’année, directement ou indirectement. Intégrez par exemple des floraisons précoces (saule, crocus, hellébore, lierre terrestre) et tardives (bruyère commune, lierre grimpant, asters…). La diversité végétale attire la diversité animale et favorise un équilibre écologique durable. 

Voici une liste non exhaustive d’arbres et d’arbustes indigènes particulièrement intéressants pour nos oiseaux : 

Arbres 

Arbuste 

Aulne glutineux 

Bourdaine 

Bouleau 

Cornouiller mâle 

Charme commun 

Cornouiller sanguin 

Fruitiers variétés haute-tige et locales (agréés Certifruit) 

Fusain d’Europe 

Merisier 

Noisetier commun 

Chêne 

Aubépine 

Erable champêtre 

Prunellier 

Hêtre commun 

Ronce 

Houx 

Eglantier 

Mélèze d’Europe 

Sureau noir 

Sorbier des oiseleurs 

Troène commun 

Saules 

Viorne obier 

Peuplier tremble 

Petits fruits : groseiller, framboisier, cassissier, vigne,… 

 

 

Geai des chênes se nourrissant d’un gland
Mésange bleue sur prunellier
Mésange bleue sur prunellier
Geai des chênes se nourrissant d’un gland

Enfin, si vous optez pour la plantation de l’une de ces essences, vérifiez toujours leurs exigences (ensoleillement, pH, exposition au vent, humidité, etc.) avant de planter. En effet, une règle essentielle en matière de jardinage est de choisir la plante en fonction de l’endroit, et non l’inverse.  

Pratiquer la tonte différenciée 

Une autre façon d’aider nos oiseaux est de pratiquer la tonte différenciée

Elle consiste à tondre moins fréquemment certaines zones du jardin en fonction de l’usage que nous en avons. Il s’agit souvent d’espaces peu exploités, situés en fond ou en bordure de jardin. 

En effet, au lieu de n’avoir que quelques espèces de graminées, majoritaires dans les pelouses traditionnelles et sélectionnées uniquement pour leur feuillage, un cortège d’autres plantes à fleurs ne supportant pas la tonte pourra également s’épanouir. 

Pratiquer la tonte différenciée pour enrichir la biodiversité de son jardin
Pratiquer la tonte différenciée pour enrichir la biodiversité de son jardin 

 

Cette diversité végétale attire et abrite de nombreux insectes et araignées, dont certains oiseaux se délectent. De plus, comme expliqué précédemment, ces végétaux, une fois montés en graines, nourrissent notre avifaune dès l’automne. 

Attention : il est important d’exporter le produit de fauche afin de ne pas enrichir le terrain, ce qui favoriserait le développement de graminées ou d’orties au détriment des autres plantes à fleurs. 
En effet, aussi contradictoire que cela puisse paraître, c’est sur les sols les plus pauvres que l’on retrouve la plus grande diversité végétale. 

 

Proposer des abris pour les nuits froides 

Tout comme la nourriture, la meilleure façon de proposer des refuges à nos oiseaux est la végétalisation. 

Comme pour les plantes herbacées, il est intéressant de diversifier les essences et les hauteurs de végétaux présents dans votre jardin afin de multiplier les habitats pour la petite faune. 

Qu’il s’agisse de haies, d’arbustes isolés ou d’arbres haute-tige, ces éléments apportent, en plus de la nourriture, des zones de refuge et parfois même de nidification. 

Les haies vives sont de véritables hotspots de biodiversité. Constituées de plusieurs essences et peu entretenues, elles conservent leur port naturel et créent des corridors écologiques entre les jardins. Elles attirent un grand nombre d’animaux, que ce soit pour s’y nourrir (insectivores, granivores, frugivores) ou pour s’y abriter (insectes, oiseaux, mammifères, araignées…). 

Exemple de haie vive
Exemple de haie vive 

 

Moins ces végétaux sont taillés (haies vives ou arbres en port naturel), plus ils sont accueillants pour la faune sauvage. 
Cette approche vaut aussi pour les arbustes d’ornement, tels que le forsythia ou les spirées, qui fleurissent davantage lorsqu’ils ne sont pas taillés. 

Si une branche gêne, rangez votre taille-haie et pratiquez une taille raisonnée, beaucoup plus douce. Sinon, laissez le végétal se développer naturellement. 

Il est également possible d’offrir des habitats de substitution tels que les nichoirs. En plus de servir de lieux de ponte au printemps, certains adultes y passent les nuits d’automne et d’hiver. 
Ces nichoirs doivent être robustes pour résister aux températures froides et garantir une bonne isolation. Investissez dans du matériel de qualité, souvent plus durable et plus sûr que les modèles bon marché. 

Mésange charbonnière visitant un nichoir en hiver
Mésange charbonnière visitant un nichoir en hiver 

 

Le nichoir doit être installé dans un endroit calme, sans support horizontal en dessous, afin de limiter les risques de prédation. Si plusieurs nichoirs sont présents, veillez à maintenir une distance suffisante entre eux pour éviter la compétition entre adultes. 

Seules les espèces cavicoles (nichant dans des cavités) seront attirées par ces abris : mésanges, sittelles, chouettes chevêches, chouettes hulottes, etc. 

 

Maintenir nos déchets verts en automne 

En préservant les feuilles mortes et le bois issu des tailles d’automne dans le jardin, vous attirerez une grande diversité d’invertébrés. 

Il est courant d’observer merles, rougegorges, troglodytes ou accentors fouillant dans les tas de branches et de feuilles à la recherche d’insectes. 

Ces déchets apportent aussi de la matière organique aux décomposeurs du sol qui, comme nous l’avons vu précédemment, sont à la base de la chaîne alimentaire. Ils transforment cette matière en humus, une couche riche en minéraux et indispensable à la croissance des plantes. 

Le bois mort nourrit également de nombreux insectes xylophages, lesquels deviennent à leur tour des proies pour les oiseaux. 

Pour plus d’informations sur la valorisation des déchets verts au jardin, n’hésitez pas à consulter notre article : Valoriser le bois mort au jardin :  un geste simple pour accueillir la biodiversité

Des espaces calmes et sans pollution lumineuse 

La plupart des oiseaux ont besoin de calme pour s’installer durablement. Si l’espace le permet, il est intéressant de conserver une zone du jardin peu fréquentée par l’humain. 

Les zones fortement éclairées la nuit ne sont pas propices à la tranquillité de la faune. L’idéal est de couper toute source lumineuse dès 21h afin de ne pas déranger les rapaces et autres animaux nocturnes. La pollution lumineuse perturbe également les migrations des oiseaux qui voyagent de nuit. 

Fermez vos stores et tentures une fois la nuit tombée : la lumière intérieure peut elle aussi désorienter certains animaux. 
Si un éclairage extérieur est nécessaire, préférez des sources faiblement éclairantes, orientées vers le sol, équipées d’un détecteur de mouvement ou d’un minuteur. 

De l’eau toute l’année 

L’eau est indispensable à la vie et donc à nos oiseaux, aussi bien en été qu’en hiver.  

Elle permet à nos oiseaux de se baigner et de déparasiter leur plumage mais surtout de s’abreuver.  

Vous pouvez donc disposer des coupelles ou des bassines d’eau dans votre jardin, à des hauteurs différentes pour favoriser des oiseaux aux habitudes variées. Mieux encore, si l’espace le permet, vous pouvez créer une mare naturelle (plus d’informations sur l’intérêt et la réalisation d’une mare dans ces articles : "Installer une mare dans son jardin - Guide pratique" et "Retour d’expérience après un an"). 

Moineau s’abreuvant dans une coupelle d’eau
Moineau s’abreuvant dans une coupelle d’eau
Moineau s’abreuvant dans une coupelle d’eau
Rougegorge prenant un bain dans une coupelle d’eau

Selon la profondeur du récipient, placez un dispositif anti-noyade (pierres émergées, planche en travers, etc.). 

Pour limiter la prédation, les abreuvoirs doivent être placés dans des zones dégagées avec quelques arbustes à proximité. 

En cas de gel, brisez la glace le matin pour permettre l’accès à l’eau. Surtout, n’ajoutez jamais de sel. 

 

Et le nourrissage dans les mangeoires ? 

Il est important de garder à l’esprit qu’en nourrissant les oiseaux dans une mangeoire, nous les faisons entrer en compétition alimentaire et des rixes peuvent survenir. Pour limiter la compétition à la mangeoire et augmenter l’attractivité de celle-ci, il peut être intéressant de disposer de plusieurs points de nourrissage avec des aliments différents

En effet, dans la nature, les oiseaux ne se croisent pas autant sur un si petit espace. De ce fait, les mangeoires peuvent aussi être source de prolifération de maladies entre individus d’une même famille, voire entre différentes espèces. L’hygiène est donc indispensable dans ces endroits confinés. L’accumulation de fientes peut aussi être vectrice de maladies. Il est donc important de nettoyer la mangeoire fréquemment (une fois par semaine) et de brosser le pied de la mangeoire pour les mêmes raisons, car les graines, coquilles et fientes s’accumulent. 

Les graines qui prennent l’humidité et finissent par germer peuvent être rances et toxiques pour les oiseaux. Il est donc important de veiller à bien les maintenir au sec avec des mangeoires bien conçues ou à nourrir un petit peu de façon régulière pour éviter qu’elles s’humidifient. 

 

 

 

Mangeoire avec un long toit pour protéger les graines
Mangeoire avec un distributeur en bouteille pour maintenir les graines au sec
Mangeoire avec un distributeur en bouteille pour maintenir les graines au sec
Mangeoire avec un long toit pour protéger les graines

À propos de la période de nourrissage, il est important de savoir que certains oiseaux peuvent changer leur régime alimentaire en fonction des saisons. En effet, au printemps et en été, les passereaux comme les mésanges et les moineaux chassent les insectes pour nourrir leurs jeunes et leur apporter des protéines. En revanche, en automne, lorsque les insectes viennent à manquer, leur alimentation devient granivore. C’est donc à ce moment qu’il peut être intéressant de les aider de façon raisonnée et raisonnable. 
Quand le nourrissage démarre, il faut maintenir un réapprovisionnement constant. En fin d’hiver, diminuez progressivement la quantité de nourriture pour préparer les oiseaux à l’arrêt et éviter de générer de trop gros stress. 

Tout comme les abreuvoirs, il est important de placer les mangeoires dans des emplacements bien dégagés avec des perchoirs (arbustes, piquets…) à proximité. Cela permet aux oiseaux d’observer avant de plonger à la mangeoire et d’anticiper d’éventuels dangers à proximité du point de nourrissage. 

En termes de choix de graines, il est préférable d’opter pour des graines de végétaux de chez nous. Ainsi, les graines de tournesol, introduites en Europe depuis plus de 500 ans, ont beaucoup de succès auprès de nos mésanges. Préférez celles à coque noire plutôt que striées, car elles sont plus faciles à ouvrir et plus riches en lipides. Il existe également des mélanges constitués d’avoine, de millet, de blé… Soyez vigilant, certains mélanges sont constitués de graines d’ambroisie, espèce exotique envahissante et allergène, qui peut germer au pied des mangeoires. 

Attention, les boules de graisse achetées dans le commerce sont de véritables bombes caloriques, riches en matières grasses. De plus, les filets qui les entourent peuvent piéger les pattes des oiseaux, qui s’y retrouvent coincés et meurent d’épuisement. Concernant le pain, il est mal digéré par les oiseaux et peut être nocif. 

En résumé 

En favorisant la présence des oiseaux dans votre jardin, vous accueillerez toute une série d’autres animaux. 

Bien que nécessaire pour pallier aux crises du logement et alimentaire, il est important de garder à l’esprit que les nichoirs et les mangeoires sont des aménagements artificiels. Si vous souhaitez proposer ces dispositifs dans votre jardin, faites-le de façon raisonnée en respectant les conseils énoncés plus haut. 

Cependant, la meilleure façon d’aider les oiseaux est de laisser la nature s’exprimer en maintenant des zones sauvages et en végétalisant de façon raisonnée. En effet, la flore est à la base de la chaîne alimentaire et apporte feuilles, fleurs et fruits indispensables à l’alimentation de notre faune sauvage. De plus, elle permet à nos oiseaux de trouver refuge, d’observer et de nidifier. 

Il est également nécessaire de veiller à la présence de points d’eau tout au long de l’année, indispensables à la survie des animaux. 

Enfin, en créant des zones dépourvues de toutes formes de pollution (lumière, bruit, passage…), vous participerez à la quiétude des occupants de votre jardin et favoriserez leur maintien. 

 

Bibliographie 

  • Livre « Créer un jardin-refuge pour les oiseaux », Daniel Gérard 

  • Livre «  Accueillir la faune sauvage au jardin » de Vincent Albouy et Denis Richard 

  • Livre « Coccinelles, primevères, mésanges,… la nature au service du jardin » de Denis Pépin et Georges Chauvin 

  • Livre « Agir pour la nature au jardin » de David Melbeck$ 

  • Livre « Des auxiliaires dans mon jardin. Les attirer, les loger et les nourrir »  

  • Livre « 50 manières de cohabiter avec les hérissons et autres visiteurs des jardins » de Simon Akeroyd 

  • Livre « La faune sauvage » de Christian Guilleaume 

  • Livre « Des bestioles et des plantes » de Daniel Gingras et Albert Mondor 

  • Livre « Les animaux utiles au jardin » de Vincent Albouy