On a trop souvent tendance à abattre nos vieux arbres et à évacuer les déchets verts dans des recyparcs. Or, ces déchets peuvent facilement être valorisés dans un coin de notre jardin et servir à de nombreux organismes. En effet, les arbres morts sur pied ou les déchets verts (branches, troncs, souches, feuilles, herbes) jouent un rôle primordial dans nos écosystèmes. Ils peuvent servir à la fois de nourriture, de site de refuge et de reproduction pour de nombreuses espèces.
Pourquoi garder du bois mort au jardin favorise la biodiversité ?
Une fois morts ou au sol, les arbres entrent dans le processus de fabrication d’humus par les organismes décomposeurs dont certains champignons, vers de terre, mille-pattes, cloportes, etc. Ainsi, ils permettent de maintenir nos sols en vie et apportent un substrat riche en nutriments et indispensable à la croissance de nos végétaux.
De plus, le bois mort sert de nourriture à toute une série d’insectes xylophages qui vont y creuser des galeries. Ces dernières, une fois désertées, vont servir de sites de ponte à d’autres insectes comme certaines abeilles solitaires qui y déposent leurs larves. Certaines d’entre elles, détectées par des oiseaux au régime insectivore, serviront d’alimentation à ceux-ci.
Des cavités présentes dans les arbres vieillissants servent d’habitats à des espèces cavicoles telles que de nombreux oiseaux (pic, sittelle, chouette…) et mammifères (écureuil, loir, muscardin...).
En les regroupant en tas et en les dispersant dans le jardin, ils servent de refuge et de terrain de chasse à toute une série d’animaux (batraciens et reptiles, araignées, musaraignes, fouines, hérissons…).
Enfin, ces végétaux morts vont également servir de support pour le développement de mousses, champignons, fougères et lichens.


De nombreux animaux, champignons ou végétaux utilisent les arbres morts à un moment de leur développement. On estime qu’environ 1/4 des espèces forestières sont dites saproxyliques[1].
En 2014, tous peuplements confondus, le volume de bois mort en forêt wallonne s’élevait en moyenne à 10 m³/ha[2]. Or, le volume minimal de bois mort permettant de préserver la majorité des espèces saproxyliques est de 30 m³/ha pour les forêts de basse altitude.

Il est donc important de maintenir une certaine quantité de bois morts et de limiter leur exportation, aussi bien dans les forêts que dans les jardins et ainsi, maintenir l’équilibre de nos écosystèmes.
En effet, en valorisant le bois mort et les arbres à cavités dans nos jardins, nous participons à la préservation de ces espèces et développons des maillages écologiques en liant de plus grandes zones boisées.
Tas de bois et haies sèches : booster la biodiversité facilement
Après avoir taillé vos arbres et vos haies, vous pouvez disposer ces déchets en tas dans divers coins du jardin, tantôt bien exposés au soleil, tantôt dans en zone plus ombragée. Ceux-ci peuvent être réalisés de façon esthétique afin de s’intégrer dans votre jardin.
Lors de la réalisation des andains, il est intéressant de maintenir une cavité intérieure pour permettre à la petite faune d’y installer son nid.
Il est également possible d’installer les déchets de façon horizontale entre 2 rangées de piquets enfoncés en quinconce tous les 50 cm et constituer ainsi une haie sèche, de largeurs et longueurs variables. Des branches peuvent être tressées pour créer les parois de la haie et comblées de déchets verts en tout genre. Ces aménagements allient intérêt pour la biodiversité avec d’autres avantages tels que les effets brise-vue et coupe-vent ou limite parcellaire. De plus, en se décomposant, ces déchets vont créer un substrat riche en matières organiques dont une partie peut être réutilisée au potager ou lors de plantation.
Ces buttes et ces haies sèches peuvent être constitués avec tous nos déchets verts. : feuilles, tontes, racines, mottes de terre, branchages, etc.
En fonction de l’exposition de ces aménagements, ils attireront une faune différente et se décomposeront plus ou moins vite. Sur les tas soumis à un ensoleillement important, on retrouvera, par exemple, les animaux à sang froid comme les batraciens et les reptiles (grenouille et crapaud, couleuvre,…).
Alors que dans les tas disposés à des endroits plus ombragés, on y retrouvera des animaux appréciant l’humidité comme les cloportes, orvets, …

De nombreux oiseaux et mammifères trouveront dans ces aménagements un refuge et des insectes à chasser : troglodyte, accenteur et rouge-gorge, musaraigne et mulot ou encore belette et hérisson.
Attention toutefois à ne pas réaliser des tailles sévères de vos arbres et arbustes en période de nidification, soit à partir du mois de mars jusqu’au mois de septembre. De plus, avant de procéder à la taille de vos haies et arbustes, veillez à ce qu’il n’y ait pas de visiteurs dans et à leurs pieds. Les hérissons apprécient s’y réfugier et sont trop souvent victimes des outils de taille.
Préserver les arbres morts : un allié en lutte biologique
Comme nous l’avons vu précédemment, de nombreux animaux vont se déployer dans ces tas et la majorité sont des auxiliaires de jardin.
En favorisant l’accueil de ces alliés au sein de votre jardin, vous lui permettez de s’équilibrer naturellement et d’être plus résilient.
Plus le tas sera grand, plus il accueillera une faune diversifiée. Plus il y aura de tas, plus vous créez des liaisons d’un côté à l’autre de votre jardin.
Et votre bois de chauffage ?
Même un rangement de bois de chauffage bien organisé permet d’héberger certains animaux.
Lorsque vous piocherez dans la pile pour alimenter votre feu, veillez à bien secouer votre bûchette afin de permettre aux différents invertébrés d’échapper aux flammes.
Le bois peut être entreposé sur des morceaux de palettes. Premièrement, cela le protège de l’humidité ascendante. Mais surtout, même si le tas est consommé durant l’hiver, il restera un abri pour les animaux qui ont trouvé un refuge à la base de celui-ci.
Les arbres morts sur pied, refuge de biodiversité
Comme précédemment expliqué, les arbres morts sur pied sont des milieux grouillant de vie, offrant à la fois le gite et le couvert à un panel d’espèces dites saproxyliques.
Maintenir des arbres morts sur pied dans des jardins, pour autant que ces derniers ne menacent pas la sécurité et l’habitation, permet de préserver ces espèces et de créer un maillage écologique. S’il est dangereux, l’idéal est de couper la cime et de maintenir une partie du tronc sur pied qui se décomposera au fil des années. Riche en cavités, ils serviront de nichoirs naturels à de nombreuses espèces.
Nos espèces dites cavicoles vont pouvoir trouver un habitat dans les anfractuosités de ces arbres dépérissant. Plus de 40% des oiseaux forestiers nichent dans des cavités d’arbres devenues rarissime dans nos contrées.
Une même cavité peut être occupée successivement par des espèces différentes. La famille des pics est spécialisée dans le forage du bois mort. Les autres espèces cavicoles profiteront du nid des pics une fois déserté comme certaines chauves-souris, l’écureuil, chouette hulotte, loir, mésange, sittelle, …

Notre plus grand coléoptère, le lucane cerf-volant, affectionne particulièrement le bois mort. La femelle pond ses œufs dans des souches pourries enterrées dans des endroits ensoleillés. Les larves se nourriront du bois mort pendant 3 ans avant de se transformer en adulte.
Focus sur les trognes, ces arbres taillés en têtard et riches en cavités
Les tailles en têtard consistent à étêter un sujet. Cette forme de taille ancestrale crée des rejets de l’arbre qui servaient ensuite de petit bois de chauffage. Elle était souvent pratiquée sur les arbres délimitant les parcelles agricoles. Malheureusement, ces pratiques ont disparu et le patrimoine d’arbres têtards s’est appauvri de façon conséquente, laissant ça et là quelques sujets isolés.

Or, ces tailles drastiques permettent de freiner la croissance de l’arbre ainsi que son vieillissement. Ces arbres sont de véritables mémoires vivantes en traversant les générations. Les arbres têtards sont donc plus encrer dans le sol et plus résistants aux aléas climatiques. Au fur et à mesure des tailles, les bourrelets cicatriciels vont créer des cavités qui, comme nous l’avons vu précédemment, sont une richesse pour notre faune sauvage dont la chouette chevêche d’Athéna qui affectionne particulièrement les saules et les fruitiers taillés en trogne.
Alors après ces quelques lignes, trouvez-vous toujours que le bois mort l’est réellement ? Il peut être esthétique, beau et reste un trésor pour notre biodiversité.
Semez donc des déchets verts dans vos jardins 😊

[1] Les organismes saproxyliques sont ceux dont le cycle de vie est associé, directement ou indirectement, au cycle de dégradation du bois mort ou dépérissant. Parmi eux, on trouve par exemple des champignons, des bactéries, et des insectes, notamment les termites et les Coléoptères.
Un article de Julie Maertens, conseiller technique chez Adalia 2.0