Les plantes exotiques envahissantes (PEE), couramment appelées plantes invasives, représentent aujourd’hui l’un des défis les plus importants liés aux changements globaux, en particulier pour les gestionnaires communaux. Introduites volontairement ou accidentellement en dehors de leur aire d’origine, ces espèces peuvent se développer de manière incontrôlée et provoquer des impacts écologiques, économiques et sanitaires significatifs. Leur gestion nécessite une approche globale, fondée sur la connaissance, la prévention et des interventions adaptées.
Cet article fait le point sur la problématique, le cadre réglementaire, tout en mettant en évidence le rôle important que peuvent jouer les communes.
Invasion par des renouées asiatiques et du solidage - spp © S. Vanderhoeven
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Qu’est-ce qu’une plante exotique envahissante (PEE) ?
Une plante est dite exotique lorsqu’elle a été introduite par l’être humain en dehors de son aire de répartition naturelle. La majorité des introductions ont été volontaires, principalement pour l’intérêt ornemental des plantes, la stabilisation de talus, la sylviculture ou l’agriculture. Une proportion plus faible a été introduite accidentellement, par exemple lors du transport de semences de culture.
Une plante devient envahissante lorsqu’elle se naturalise, prolifère et s’étend de manière incontrôlée, au détriment de la végétation locale, entraînant une modification profonde de l’habitat. Si ces espèces colonisent d’abord les milieux perturbés, elles progressent désormais dans des zones naturelles, où leurs effets sont souvent plus marqués.

Invasion d’une berge par de la Balsamine de l’Himalaya © S. Vanderhoeven
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Pourquoi deviennent-elles envahissantes ?
Une fois introduites, les PEE ont la capacité d’envahir rapidement un nouveau territoire grâce à plusieurs facteurs environnementaux et/ou biologiques : l’absence de prédateurs naturels, une forte capacité de reproduction, une croissance rapide, une grande plasticité écologique et des modes de dispersion variés (vent, eau, animaux, transports humains, déplacements de terre…). Certaines sécrètent même des substances qui inhibent la croissance d’autres plantes.
Apport de terre végétale contaminée par des renouées asiatiques - © P. Crasson
Il est important de rappeler que toutes les plantes exotiques ne deviennent pas envahissantes : une espèce doit franchir plusieurs étapes (introduction, acclimatation, naturalisation et expansion). Le caractère envahissant n’apparaît pas immédiatement : certaines espèces connaissent une longue phase de latence avant une expansion très rapide. Les comportements de ces espèces varient fortement selon le milieu et d’autres facteurs, il est donc difficile de prédire quelles espèces développeront un caractère invasif. Dès lors, la précaution est indispensable : éviter le transport des espèces à travers le monde, limiter la plantation d’espèces exotiques et de privilégier autant que possible les espèces indigènes.
Pour plus d’informations sur les plantes indigènes, vous pouvez consulter l’article suivant : www.adalia.be/Commune_vegetaldici
Le sujet des PEE est souvent accompagné d’idées reçues et d’informations trompeuses circulant sur internet. Si une plante est inscrite sur une liste officielle (UE ou Wallonie), c’est suite à des études scientifiques rigoureuses. Une espèce peut sembler inoffensive dans un jardin mais devenir problématique dans un milieu sensible, parfois éloigné (ex. rosier rugueux dans les dunes). En la plantant, on contribue malgré soi à la dispersion des graines ou fragments de plante.
Certaines plantes présentent des qualités (mellifères, dépolluantes, comestibles), mais cela ne compense pas leurs impacts écologiques, sanitaires ou économiques. Il est essentiel de s’appuyer sur les connaissances scientifiques et l’expertise d’acteurs spécialisés tels que la CiEi ou le SPW.
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Des impacts nombreux pour les communes
- Impacts environnementaux
Les PEE figurent parmi les principales causes d’érosion de la biodiversité.
Dans les milieux aquatiques, elles forment souvent des tapis denses qui peuvent limiter les échanges gazeux, réduire la lumière en profondeur, favoriser l’eutrophisation (accumulation excessive de nutriments) ou ralentir les courants, modifiant profondément l’équilibre du milieu.

Tapis d’hydrocotyle fausse-renoncule sur un plan d’eau à Maubeuge
Dans les milieux terrestres, certaines plantes, comme le Robinier faux-acacia, enrichissent les sols (car fixatrices d’azote), favorisant les plantes nitrophiles au détriment des espèces adaptées aux milieux pauvres. D’autres, fragilisent les berges ou modifient la structure complète d’une végétation par exemple en créant une strate arborée dans un milieu ouvert (ex. : Rosier rugueux qui forme des fourrés denses dans les dunes). Les invasives peuvent aussi s’hybrider avec des espèces indigènes, contribuant à une perte d’intégrité génétique.

Invasion par du rosier rugueux dans les dunes à Midderlkerke
En résumé, les PEE provoquent :
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La disparition d'espèces indigènes, par compétition, hybridation ou modification du milieu
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La modification des paramètres physico-chimiques des sols et des cours d'eau
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La fragilisation des berges et la dégradation physique des milieux
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L’altération du fonctionnement des écosystèmes (cycles de nutriments, chaînes alimentaires, régulation hydrique…)
Impacts socio-économiques
Les coûts liés aux PEE sont considérables, qu’il s’agisse de pertes agricoles, d’entretien d’infrastructures, de dégradation des ouvrages hydrauliques ou des frais directs de lutte. L’Union européenne estime ces dépenses à environ 12,5 milliards d’euros par an, mais ces coûts seraient très largement sous-évalués.
Pour les communes, qui gèrent de nombreux espaces publics, ces coûts peuvent rapidement devenir lourds, d’autant plus que la gestion doit souvent se prolonger sur plusieurs années.
Impacts sanitaires 
Certaines PEE présentent des risques directs pour la santé publique : la berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) provoque des brûlures sévères et l’ambroisie à feuille d’Armoise (Ambrosia artemisiifolia) est l’une des plantes les plus allergènes d’Europe. D’autres espèces émergentes pourraient également jouer un rôle dans l’apparition de nouvelles pathologies.
Photo – Berce du Caucase
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Cadre légal
La gestion des PEE repose sur un cadre réglementaire strict. Celui-ci vise à prévenir leur introduction, limiter leur diffusion et encadrer leur gestion.
Au niveau européen, le règlement 1143/2014 interdit l’introduction, la vente, la détention, le transport et la plantation des espèces inscrites sur la liste européenne des espèces préoccupantes pour l’Union.
En Wallonie, l’arrêté du Gouvernement wallon du 15/09/2022 complète ce dispositif via deux listes nationales qui s’appliquent à tous les acteurs, y compris en propriétés privées :
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Annexe 3 : Interdiction totale de plantation et de dépôt de déchets verts
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Annexe 4 : Interdiction de plantation et de dépôt de déchets verts dans et à moins de 50 mètres des cours d’eau et des sites bénéficiant d’un statut de protection (réserves naturelles, zones Natura 2000…)
Un article complet sur la législation wallonne et européenne est disponible sur cette page : www.adalia.be/legislation-sur-les-plantes-exotiques-envahissantes
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Quelles espèces les communes doivent-elles éviter absolument ?
Certaines espèces sont particulièrement problématiques en Wallonie en raison de leur forte capacité de dispersion, de leurs impacts écologiques ou de leurs risques sanitaires. La meilleure approche consiste à les exclure des aménagements publics et à intervenir lorsque leur présence sur le territoire communal pose un risque :


Renouée asiatique (@Pixabay) et Balsamine de l'Himalaya
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Renouées asiatiques (Fallopia spp.) : dispersion massive via les rhizomes ; un fragment de tige ou de rhizome suffit à créer une nouvelle colonie
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Balsamine de l’Himalaya (Impatiens glandulifera) : colonisation rapide des berges et système racinaire peu développé provoquant l’érosion des berges en hiver
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Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) : risque sanitaire (brûlures sévères)
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Rosier rugueux (Rosa rugosa) : prolifération dans les dunes et habitats naturels fragiles
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Solidages (Solidago canadensis, S. gigantea) : production abondante de graines, rhizomes vigoureux formant des peuplements denses
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Arbre aux papillons - Buddléia (Buddleja davidii) : dispersion de millions de graines via le vent ; colonise friches, voies ferrées, interstices des bâtiments et milieux ouverts
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Mahonia (Mahonia aquifolium) : expansion rapide dans les milieux semi-naturels grâce à la dispersion des graines par les oiseaux
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Comment gérer efficacement les plantes invasives ?
La gestion doit toujours être réfléchie, adaptée au milieu et au niveau d’invasion. Une intervention précipitée peut aggraver la situation en favorisant la dispersion ou en stimulant la germination. Par exemple : la fauche ponctuelle peut provoquer des rejets de souche, une augmentation de la densité, ou encore provoquer une réaction par rhizomes ou drageons.
Avant d’intervenir, il convient de déterminer si la plante provoque une nuisance (visibilité, biodiversité, risques sanitaires…), d’identifier les voies de dispersion, de tenir compte du milieu, de l’accessibilité, des contraintes légales et de prévoir les moyens humains et financiers nécessaires sur plusieurs années (minimum 3 ans).
Selon les situations, différentes approches existent : arrachage manuel, techniques mécaniques, bâchage, pâturage, replantation d’espèces locales… La combinaison de plusieurs méthodes est souvent la plus efficace.
Coupe sous le collet d’une berce du Caucase par le contrat de rivière de l’Amblève ©Contrat de rivière de l’Amblève
Ce qui doit déclencher une lutte, ce n’est pas la simple présence d’une PEE, mais bien l’impact réel observé sur le terrain. Dans certains cas, la gestion visera l’éradication ; dans d’autres, un simple confinement sera suffisant. Il faut cependant s’assurer sur la méthode de lutte ne causera pas plus d’impact que la plante invasive elle-même, parfois, la meilleure option sera de ne pas intervenir.
Bonnes pratiques
Certaines recommandations sont valables pour toutes les espèces exotiques envahissantes, quelle que soit la méthode de lutte choisie :
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Connaître le mécanisme de dispersion de l’espèce (graines, bouturage de tige, rhizomes, drageons…) pour adapter la méthode de gestion
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Intervenir dès l’apparition des premiers plants, avant la montée en graines
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Éviter toute dispersion de graines ou de fragments
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Nettoyer minutieusement le matériel (roues de véhicules, bottes, outils…)
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Évacuer les déchets dans un centre agréé ou, lorsque la réglementation le permet, les laisser sécher/éliminer sur site
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Ne jamais composter les plantes invasives
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Ne pas transporter de terres contaminées, sauf procédure spécifique
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Assurer un suivi régulier sur plusieurs années (minimum 3 ans)
Une gestion efficace repose sur la répétition, la patience et la vigilance, bien plus que sur une action unique.
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La prévention et sensibilisation : stratégie la plus rentable
La prévention reste la méthode la plus efficace pour éviter la progression des PEE et coûte, à long terme, beaucoup moins cher que la gestion curative. Cela implique de renoncer à planter des espèces exotiques envahissantes avérées, mais aussi être prudent avec les espèces exotiques potentiellement envahissantes, dont le caractère problématique pourrait émerger dans les années à venir.
La sensibilisation est également un point clé, veillez à informer les équipes communales (services techniques, élus, agents de terrain), les professionnels locaux et les citoyens. Enfin, n’hésitez pas à intégrer des exigences spécifiques dans les marchés publics (gestion des terres, interdictions de plantation, traitement des déchets verts).
Panneau d’information sur l’arbre aux papillons ©Commune de Honnelles
Des outils comme Pl@ntNet ou ObsIdentify facilitent la reconnaissance des espèces sur le terrain. La communication via les bulletins communaux, panneaux, réseaux sociaux ou événements locaux joue aussi un rôle essentiel.
Beaucoup de plantes invasives sont encore utilisées en composition florale, plantées par des jardiniers non informés, d’autres en plantent en connaissance de cause, en pensant maîtriser la dispersion de ces plantes. Mais cela représente un risque qui pourrait être évité. En effet, il existe beaucoup d’alternatives et vous pouvez être un acteur dans ce changement en montrant l’exemple.

Plantation de rosier rugueux dans un parterre
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Devenir une commune exemplaire
Les communes peuvent devenir des acteurs-clés de la lutte contre les PEE en :
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Adoptant un plan communal de gestion des invasives, cohérent avec les enjeux locaux
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Intégrant un chapitre dédié aux PEE dans le règlement de police, pour encadrer plantation, gestion et obligations des citoyens
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Formant leurs équipes (services techniques, voirie, espaces verts, prévention…)
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Collaborant étroitement avec les contrats de rivière, les intercommunales, le SPW, les associations locales et les riverains
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Participant aux plateformes d’observation telles qu’iNaturalist ou observation.be, pour suivre l’évolution des populations
Extrait d’un exemple de règlement de police intégrant un chapitre sur les PEE

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Conclusion
Les plantes exotiques envahissantes représentent un défi croissant pour les communes, mais aussi une occasion de renforcer la protection des milieux naturels et d’adopter des pratiques exemplaires. Agir avec discernement, privilégier la prévention, comprendre l’impact réel d’une espèce et adapter la gestion au contexte sont autant de leviers qui permettent d’obtenir des résultats durables.
Le principe fondamental reste inchangé : éviter de planter des espèces invasives, observer attentivement, et intervenir de manière ciblée lorsque les impacts sont avérés.
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Ressources utiles et sources
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Plateforme biodiversité – Listes officielles et bonnes pratiques
biodiversite.wallonie.be/home/agir/especes-exotiques-envahissantes/liste.html
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Fiches de gestion – Renouées asiatiques
biodiversite.wallonie.be/home/agir/especes-exotiques-envahissantes/gerer-les-plantes-invasives/les-renouees-asiatiques.html
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Fiche technique – Plantes exotiques envahissantes (Adalia 2.0, 2022)
www.adalia.be/sites/default/files/media/resources/Fiche%20Plante%20Invasive_0.pdf
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Page dédiée aux PEE – Adalia 2.0 (articles par espèce, outils, bonnes pratiques)
www.adalia.be/plantes-invasives
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Législation wallonne et européenne – Adalia 2.0
hwww.adalia.be/legislation-sur-les-plantes-exotiques-envahissantes
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Formations – Catalogue Adalia 2.0 (dont certaines sur les PEE)
hwww.adalia.be/nos-formations
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Retours d’expériences de gestion (France)
especes-exotiques-envahissantes.fr/retours-dexperiences-de-gestion-flore/
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Fried, G. (2017). L’indispensable guide des fous de nature – Guides plantes invasives.
Édition Belin, 302 p.
Un article de Célia Larrinaga-Balseiro, conseillère technique chez Adalia 2.0



