Chaleurs automnales : quelles conséquences au jardin

Chaleurs automnales

Un mois d’octobre qui a battu tous les records de chaleur suivi d’un mois de novembre bien trop doux pour la saison, l’automne garde un parfum estival. Une situation qui bouleverse les rythmes naturels des animaux et des végétaux et qui aura des répercutions au jardin.

Faute de calendrier, les plantes et les animaux se repèrent grâce à des données comme la durée jour/nuit et les températures afin de calquer au mieux leurs comportements par rapport à la saison. Or, lorsque le thermomètre perd le Nord, des situations complètement asynchrones peuvent apparaître.


Floraison en plein automne

Suite à la météo printanière de ces deux derniers mois, certaines plantes qui fleurissent normalement au printemps se parent déjà de leurs plus belles fleurs. Ainsi, dans le Nord de la France, des molènes bouillon-blanc ont refleuri en plein mois d’octobre. En Haute-Garonne, plus au Sud, ce sont carrément des arbres fruitiers qui ont fleuri. Un phénomène de floraison décalée qui provient de la météo inhabituellement douce. En effet, les arbres possèdent un mécanisme d’inhibition de la floraison qui leur permet normalement de ne pas fleurir avant le réel retour des beaux jours et qui dépend de la durée des jours et de la température. Les températures ayant été trop douces durant un long laps de temps, ce mécanisme a été court-circuité et certains plantes et arbres se croient tout bonnement au printemps. Cette floraison anormale pourrait avoir des répercussions sur la production des arbres fruitiers au printemps suivant. En effet, les fleurs s’étant ouvertes en automne seront détruites par les premières gelées et ne donneront donc pas de fruits. On peut donc s’attendre à une floraison moins importante et plus étalée en printemps prochain pour ces arbres ayant fleuri de manière décalée.   

Bouillon blanc en pleine floraison
Bouillon blanc en pleine floraison

Faune auxiliaire et parasites

Il est difficile de prédire comment les populations d’insectes vont s’adapter aux nouvelles contraintes climatiques.
Les insectes ont recourt à plusieurs stratégies différentes pour passer l’hiver. Certains entrent en diapause, une sorte d’hibernation qui leur permet de consommer très peu d’énergie et de passer ainsi la mauvaise saison (sous forme de larve, de nymphe ou d’adulte). D’autres insectes entrent dans un repos moins profond, on parle de « quiescence », entrecoupé de périodes d’activité lorsqu’il y a assez de soleil. Dans tous les cas, des températures plus douces en automne et en hiver auront des répercussions sur la durée ou la disparition de ces périodes d’inactivité. 


Il est possible que certains nuisibles, n’entrent jamais en diapause, causant des dommages aux cultures à des périodes où ils ne sont normalement pas présents, ce qui est le cas des pucerons dans certaines régions. À l’opposé, d’autres insectes qui conserveraient leur diapause, pourraient ne plus émerger au même moment que leurs ressources alimentaires, causant leur perte. D’autres insectes encore, pourraient profiter d’une saison productive plus longue pour produire une génération supplémentaire avant l’hiver. Cette nouvelle génération n’aurait alors pas le temps de se reproduire avant l’arrivée des gelées, entraînant une réduction de la population d’insectes au printemps.
Dans tous les cas, l’adaptation aux nouvelles contions climatiques se fera sur plusieurs générations et engendrera une période de déséquilibre avec des risques de disparations et/ou d’invasions de certains insectes. 
Un temps globalement plus chaud et une période végétative – période durant laquelle les végétaux peuvent croitre – plus longue créent des conditions propices à l’arrivée de nouvelles espèces de ravageurs venus du sud.


Beaucoup d’incertitudes…

Ces chaleurs automnales sont inédites et seront amenées à se reproduire à un rythme plus soutenu au fur et à mesure que les changements climatiques s’intensifient. Il est donc difficile de faire des prédictions sur les conséquences exactes qu’elles auront sur les plantes, arbres et arbustes présents au jardin ainsi que sur la faune auxiliaire et les nuisibles. 


Quelques pistes pour s’adapter 

De manière générale, on privilégiera de plus en plus les essences et variétés les mieux adaptées au terrain et au climat changeant pour réduire au maximum les pertes. Par exemple, en portant son choix sur des variétés hautes-tiges au verger, on évitera d’autant plus les coups de chaleur sur les fruits grâce à leur port plus étalé qui amène davantage d’ombrage.
Pour agir préventivement contre les sécheresses, on peut également veiller à ce que les plantations soient réalisées avant fin décembre (mais hors période de gelées). Cela permettra d’assurer un bon développement racinaire avant le printemps, essentiel pour pouvoir lutter contre les périodes de manque d’eau qui surviennent de plus en plus fréquemment à la fin du printemps et en été. Un paillage adéquat au pied des jeunes plantations est également une bonne stratégie pour limiter les pertes hydriques (plus d’informations dans cet article sur le Paillage et l’arrosage).


Dans ce climat d’incertitudes, mieux vaut miser sur la diversité au niveau des plantations réalisées. En augmentant la biodiversité dans votre jardin, vous augmenterez en effet la résilience de celui-ci face aux aléas climatiques.