Vers une gestion raisonnée et favorable à la biodiversité
Les haies structurent les voiries, protègent les sols, offrent un refuge à la faune et renforcent le maillage écologique. Leur entretien reste pourtant souvent mécanique et systématique, parfois au détriment de leur santé, de leur floraison et de leur intérêt pour la biodiversité. Pour les communes, adopter une gestion raisonnée permet de concilier sécurité, maîtrise des coûts, qualité paysagère et respect du vivant.
Une haie n’est pas seulement un alignement végétal à contenir. C’est un habitat, un corridor écologique et un patrimoine local. Le choix des essences, l’emplacement de la haie, le matériel utilisé et la fréquence d’intervention influencent directement sa vigueur, sa floraison, sa fructification et sa capacité à accueillir oiseaux, insectes et petits mammifères.
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Exemple de haie vive indigène sur plusieurs rangs, non taillée depuis sa plantation il y a 6 ans
Le problème n’est pas l’épareuse, mais l’outil monté dessus
L’épareuse, utilisée comme bras porteur, n’est pas le problème en soi. Elle reste utile en bord de voirie, sur les talus ou le long de certaines parcelles agricoles. La difficulté vient surtout de l’embout qui y est fixé. Les communes et les agriculteurs disposent souvent d’un broyeur à marteaux ou à fléaux, conçu pour broyer de la végétation herbacée, des accotements ou des repousses ligneuses fines. Sur une haie vive, cet outil ne réalise pas une coupe nette : il déchiquette les rameaux, éclate les branches et laisse des plaies irrégulières. L’enjeu est donc moins de supprimer l’épareuse que de choisir l’outil adapté à l’objectif recherché.

Résultat d'une taille de haie réalisée avec taille haie broyeur a fléaux source : https://cpepesc.org/6-nature-et-pollutions/les-news/derogation-sur-la-taille-des-haies-au-titre-de-la-pacun-cadeau-empoisonne/
Certains broyeurs à fléaux ou à marteaux peuvent aussi être équipés d’un système d’aspiration ou de ramassage. Cette configuration facilite le travail des opérateurs, car elle permet parfois de tailler et d’évacuer les déchets de coupe en un seul passage. Elle reste toutefois adaptée surtout aux petits diamètres et suppose des passages fréquents, souvent annuels ou très rapprochés, pour maintenir la haie dans un gabarit compatible avec le broyage et l’aspiration. Lorsqu’il faut rabattre une haie vive plus développée, le broyeur montre rapidement ses limites : il travaille surtout en surface, pénètre difficilement dans l’épaisseur de la haie et peut nécessiter plusieurs passages successifs pour réduire progressivement le volume. Une intervention qui demanderait plusieurs passages au broyeur peut parfois être réalisée en un seul passage avec un lamier à scies circulaires adapté, tout en produisant des coupes nettes plutôt qu’un broyage des rameaux. Le broyeur peut donc rester pertinent sur des linéaires très contraints ou régulièrement entretenus, mais il ne doit pas devenir la référence unique pour les haies vives.
Privilégier des machines à lames pour les haies vives
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Scies circulaires hydrauliques montées sur bras articulé : elles réalisent une coupe nette et conviennent aux haies libres, aux haies vives structurées, aux rabattages plus importants et aux haies communales âgées. Elles permettent de rentrer davantage dans l’épaisseur de la haie et de rabattre en un passage ce qu’un broyeur à fléaux ou à marteaux devrait parfois réduire en plusieurs passages successifs. Selon les modèles et les configurations, elles peuvent intervenir sur des branches épaisses, généralement jusqu’à environ 16 à 21 cm de diamètre. Il faut toutefois vérifier non seulement le diamètre maximal, mais aussi le diamètre minimal réellement pris en charge : certains lamiers sont optimisés pour des bois déjà formés et peuvent être moins efficaces sur des rameaux très fins. Des modèles récents annoncent une plage de coupe très large, d’environ 0,5 à 21 cm pour les plus performants. Pour des haies anciennes comportant de nombreuses branches de plus de 10 cm, elles sont généralement plus adaptées que les barres de coupe.
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Exemple pour illustration LAMIER LRS 2402 de la marque Greentech
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Barres de coupe sur bras hydraulique, type sickle bar : elles permettent des coupes franches, moins traumatisantes pour les arbustes, lorsque les diamètres restent intermédiaires. Selon les modèles, elles peuvent couper des branches jusqu’à environ 11 cm.
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Taille-haies sur bras articulé : ils sont utiles pour les finitions, les jeunes haies, les zones difficiles d’accès ou les interventions légères. Ils doivent rester des outils de précision, et non des instruments destinés à imposer partout une forme géométrique stricte. Selon les modèles, ils sont adaptés aux petits diamètres, autour de 6 cm maximum.
Intégrer la taille raisonnée dans les cahiers des charges
Les cahiers des charges permettent aux communes de traduire cette approche en consignes concrètes. L’objectif doit être explicite : entretenir des haies vives avec des outils adaptés, sans généraliser une taille ornementale en boule, en cube ou en mur végétal uniforme.
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Demander explicitement l’utilisation d’outils à lames adaptés aux haies vives lorsque la configuration du site le permet ;
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Intervenir après le 15 aout et avant le 1er mars pour minimiser l’impact sur le végétal et sur la faune (éviter la période de nidifications)
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Utiliser un outil adapté au diamètre des branches à couper afin de réaliser des coupes nettes ;
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Préciser que les broyeurs à fléaux ou à marteaux avec aspiration ou bac de ramassage peuvent être utiles pour certains secteurs très contraints, mais qu’ils imposent généralement de travailler sur de petits diamètres, de maintenir une fréquence de taille élevée et, en cas de rabattage d’une haie vive plus développée, de multiplier les passages ;
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Identifier les diamètres minimal et maximal des branches à couper afin de choisir le matériel adapté : environ 6 cm pour des tailles légères, 11 cm pour certaines barres de coupe hydrauliques et, pour les scies circulaires hydrauliques les plus performantes, une plage pouvant aller d’environ 0,5 à 21 cm selon les modèles ;
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Définir une fréquence d’intervention différenciée selon l’espace disponible : taille annuelle uniquement lorsque c’est nécessaire, entretien tous les deux à trois ans pour les haies disposant de plus d’espaces, et cycles plus longs, jusqu’à cinq à dix ans, pour les haies libres pouvant exprimer leur floraison et leur fructification ;
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Evaluer l’accessibilité des haies, la présence de fossés, de talus, de mobilier urbain ou de contraintes de circulation ;
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Prévoir la gestion des branches issues de la coupe : broyage séparé, évacuation, valorisation ou mise en tas dans des zones pertinentes pour la biodiversité ;
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Anticiper le fait que tous les prestataires ne disposent pas encore de ce type de machines, ce qui peut influencer le coût et la disponibilité.
Valoriser les déchets de taille
La gestion des déchets de taille mérite aussi d’être anticipée. Les branches entières peuvent être valorisées sans broyage, par exemple pour confectionner des haies sèches ou être disposées en tas dans des zones appropriées. Cette solution limite les passages de machines et crée des microhabitats intéressants pour de nombreuses espèces : insectes, oiseaux, petits mammifères, amphibiens ou champignons. Lorsque le broyage est nécessaire, les copeaux peuvent être réutilisés en paillage dans les espaces verts, au pied de nouvelles plantations ou pour la création de sentiers. Dans certains cas, les branches broyées peuvent aussi être valorisées dans une chaudière biomasse adaptée, à condition de respecter les exigences techniques liées au calibre, au taux d’humidité et à la qualité du combustible.
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Exemple de haie sèche réalisée en milieu agricole
Penser en fréquence d’intervention plutôt qu’en passage annuel
La gestion raisonnée vise à sortir, lorsque c’est possible, du réflexe de la taille annuelle. Dans les sites contraints, une intervention tous les deux à trois ans peut déjà améliorer la situation. Sur des linéaires disposant d’avantage d’espace, des cycles de cinq à dix ans peuvent être envisagés. Et lorsqu’une haie libre est composée d’essences bien choisies, plantées au bon endroit et dimensionnées en fonction de l’espace disponible, elle peut parfois ne demander aucune taille d’entretien régulière, en dehors d’interventions ponctuelles liées à la sécurité ou à l’accès aux voiries et cheminements.
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Exemple d'une taille d'entretien drastique avec la réalisation de coupes nettes, via l’utilisation d’un bras équipé de scies circulaires
Ces interventions plus espacées laissent aux arbustes le temps d’accomplir leur cycle naturel : produire des fleurs, attirer les pollinisateurs, former des fruits et fournir une ressource alimentaire aux oiseaux, aux petits mammifères et à de nombreux insectes. La haie fonctionne alors comme un habitat vivant, et non comme un simple volume végétal à contenir.
Cette approche peut aussi représenter un levier de maîtrise du temps de travail. Une haie taillée une fois par an nécessite dix passages sur dix ans, et jusqu’à vingt passages lorsqu’elle est reprise deux fois par an. À l’inverse, une haie vive entretenue tous les trois ans ne demande que trois à quatre interventions sur la même période, tandis qu’une haie libre rabattue tous les cinq à dix ans peut se limiter à une ou deux interventions. Même si chaque chantier peut être plus important et nécessiter du matériel spécialisé, la réduction du nombre de passages et donc de coûts peuvent atteindre environ 60 à 90 % sur dix ans, selon la fréquence initiale, l’espace disponible et le mode de gestion choisi.
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Une haie de troènes taillée une fois par an à la fin de l’hiver permet de représenter une source de nourriture non négligeable par sa floraison et fructification, tout en gardant un port carré facilement gérable
Respecter les périodes sensibles pour la faune
Les haies sont des lieux de nidification, d’alimentation et de refuge pour de nombreuses espèces. En Wallonie, il est fortement recommandé d’éviter toute taille durant la période de nidification des oiseaux, généralement située entre le 1er avril et le 31 juillet. Pour les agriculteurs soumis à la conditionnalité PAC ou à certaines aides, la règle est plus stricte : la taille des haies est interdite du 1er avril au 31 juillet, afin d’éviter le dérangement des oiseaux et la destruction de nids. Certaines communes choisissent d’étendre cette période de précaution, par exemple du 15 mars au 15 août, afin de mieux couvrir les variations locales et les années précoces.
Lorsque des interventions sont nécessaires pour des raisons de sécurité routière ou de débordement sur l’espace public, elles doivent être limitées au strict nécessaire. Il est alors conseillé de vérifier la présence éventuelle de nids, de documenter les choix réalisés et de privilégier, lorsque c’est possible, une intervention hivernale hors période de gel.
Pour aller plus loin, une commune peut adapter son règlement communal afin de sensibiliser les citoyens et de limiter la taille des haies durant les périodes les plus sensibles pour la faune, tout en prévoyant des exceptions claires pour la sécurité routière ou les haies qui entravent l’espace public. Certaines communes, comme Chièvres, ont adopté un règlement communal sur la préservation de la biodiversité. Ce type de texte peut notamment interdire la taille des haies d’essences indigènes du 1er avril au 31 juillet. Chaque commune doit toutefois vérifier son propre catalogue de règlements communaux, car ces dispositions sont votées localement.
Vers un plan communal de gestion des haies
La taille raisonnée gagne à être pensée à l’échelle du territoire communal. Cartographier les haies, distinguer les linéaires à enjeu de sécurité des haies à vocation écologique, choisir les essences en fonction de l’espace disponible, définir des fréquences d’intervention différenciées et former les équipes techniques sont autant de leviers pour passer d’une gestion uniforme à une gestion plus fine, plus efficace et plus favorable à la biodiversité.
Un article de Louis Noël, conseiller chez Adalia
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