Le cotonéaster horizontal (Cotoneaster horizontalis)

Une plante couvre sol qui commence recouvrir la Wallonie

Le cotonéaster horizontal (Cotoneaster horizontalis) est un arbuste ornemental originaire d’Asie. Apprécié pour son port étalé, il a longtemps été planté dans les jardins, sur les talus et dans les aménagements urbains. Cette utilisation a favorisé son échappement hors culture, au point qu’il est aujourd’hui considéré comme une plante exotique envahissante en Belgique, où il poursuit une dynamique d’expansion. 

Une espèce bien adaptée à la dispersion 

Le cotonéaster horizontal possède plusieurs caractéristiques qui facilitent son expansion. Il se reproduit efficacement de deux façons : 

  • Par graines, produites en grande quantité et dispersées sur de longues distances par les oiseaux attirés par ses fruits rouges ; 

  • Par multiplication végétative, grâce à ses tiges rampantes capables de s’enraciner et de former de nouveaux individus  

Ces modes de reproduction lui permettent de former rapidement des populations denses. En Belgique, son potentiel de dispersion est considéré comme élevé, notamment parce que les oiseaux disséminent efficacement ses graines. C’est précisément cette dynamique que la carte de dispersion en Belgique permet d’illustrer visuellement, en montrant que l’espèce n’est pas partout omniprésente, mais qu’elle est bien en cours d’extension. 

Distribution du cotonéaster horizontal en belgique
Distribution du cotonéaster horizontal naturalisé en Belgique a gauche et mise en avant des zones sensibles 

Le cotonéaster colonise d’abord des milieux modifiés par l’être humain comme les murs, les remblais ferroviaires, les sablières ou les carrières, mais il est désormais aussi bien présent dans des milieux naturels de grande valeur écologique. En Wallonie, sa colonisation est particulièrement dérangeante sur les falaises rocheuses le long du sillon Sambre-et-Meuse, ainsi que dans les pelouses calcaires et autres milieux ouverts. Quand il s’installe, il peut peu à peu prendre la place d’autres plantes caractéristiques de ces milieux, pourtant souvent rares et bien adaptées à ces conditions difficiles. 

Un impact réel sur la biodiversité 

Malgré son apparence anodine, le cotonéaster horizontal peut exercer une pression importante sur les écosystèmes naturels

Une fois installé, le cotonéaster entre en forte concurrence avec la flore locale, surtout dans les milieux ouverts et ensoleillés. Il forme des tapis ou des fourrés denses qui finissent par étouffer ou remplacer d’autres plantes de ces milieux. Sur les falaises, pelouses calcaires et affleurements rocheux, cette progression peut appauvrir la diversité végétale et faire reculer des espèces typiques de ces habitats. 

En formant des peuplements denses, il modifie également 

  • Les conditions lumineuses, en ombrageant le sol ; 

  • La structure du couvert végétal ; 

  • Le microclimat local, ce qui perturbe les espèces adaptées aux milieux ouverts  

Les observations réalisées en Belgique indiquent que ces effets sont particulièrement préoccupants dans les pelouses calcaires, notamment les habitats du type pelouse calcaire sèche mosane, qui constituent des hotspots de biodiversité. À mesure que les populations vieillissent et que la pression de propagation augmente à proximité des zones urbanisées, ces impacts sont susceptibles de se renforcer. 

Cotoneaster horizontalis colonisant un mur en pierre © Julien Piqueray, FUSAGx

 

Cotoneaster horizontalis colonisant un mur en pierre © Julien Piqueray, FUSAGx 

Il est important de rappeler que tous les cotonéasters ne posent pas problème. Le Cotoneaster integerrimus, aussi appelé cotonéaster sauvage ou commun, est une espèce indigène de Belgique. En Wallonie, il est rare, protégé et classé comme vulnérable sur la Liste rouge. Il pousse surtout dans des milieux calcaires bien exposés, comme les pentes rocailleuses, les rochers et les pelouses calcicoles des vallées mosanes et condrusiennes. Cet arbuste mesure généralement entre 1 et 2 mètres de haut, porte de petites feuilles ovales, des fleurs rosées à blanchâtres au printemps et des fruits rouges en fin d’été. Aujourd’hui, cette espèce locale est elle aussi menacée, notamment par la concurrence d’espèces exotiques envahissantes comme le Cotoneaster horizontalis, qui peut occuper les mêmes milieux et prendre progressivement le dessus. 

Cotonéaster intégrimus Cotonéaster intégrimus

Source : www.orchid-nord.com/Flore-France/Rosaceae/Cotoneaster%20integerrimus/Cotoneaster%20integerrimus.html  

Avec le temps, ces impacts sont susceptibles de s’accentuer, notamment dans les zones proches des milieux urbanisés où les sources de dispersion sont nombreuses. 

Un enjeu de gestion en Wallonie 

En pratique, la gestion du cotonéaster horizontal doit être ciblée. La coupe seule ne suffit généralement pas, car l’espèce rejette facilement. Lorsque les racines sont coincées dans la roche, le badigeonnage des souches en septembre après coupe se révèle être une bonne méthode de lutte, car il permet d’intervenir de façon localisée sur des individus difficiles à arracher. Dans l’espace public, cette méthode reste toutefois soumise à l’obtention d’une dérogation et d’une phytolicence lorsqu’elle implique l’usage de produits phytopharmaceutiques. À l’inverse, dans des sols meubles et faciles d’accès, le déracinement peut être pertinent à l’aide d’outils manuels tels que des bêches coupe-racines ou un arrache-arbuste.  

Bonne pratique de badigeonnage :  

« Le badigeonnage de souches consiste à couper les tiges et à appliquer le produit sur la souche à l’aide d’un pinceau (produit testé : Roundup Max à une dilution de 1:32, soit 16 mL de produit dans 500 mL eau). Le traitement doit se faire vers la fin septembre, en période de descente de sève. Une exportation et un brulage des résidus de gestion est primordiale. Toutefois, à cette période, les baies se détachent facilement de la tige. Il faut donc être attentif à limiter la dissémination des baies dans la mesure du possible. Envelopper le plant avant coupe peut être une solution. »  source : M. Halford, G. Frisson, E. Delbart et G. Mahy. Unité Biodiversité et Paysage (GxABT)  orbi.uliege.be/bitstream/2268/103663/1/Fiche_gestion_Cotoriz.pdf  

Voici quelques bonnes pratiques de lutte : 

  • Agir rapidement sur les foyers encore limités ; 

  • Intervenir avant la fructification pour limiter la dissémination des graines ; 

  • Privilégier le badigeonnage des souches dans les milieux rocheux lorsque l’arrachage est impossible ; 

  • Dans les sols meubles et faciles d’accès, envisager le déracinement manuel avec des outils adaptés ; (Attention a ne pas dégrader les pelouses calcaires afin de pas dégrader le milieu)  

  • Rappeler que, dans l’espace public, l’usage de produits phytopharmaceutiques nécessite une dérogation ; 

  • Mettre en place un bonne gestion des déchets verts de cotonéaster horizontal et rappelant que ce dernier est présent dans l’Annexe 4 : liste des plantes dont la plantation et le dépôt de déchets sont interdits dans et à moins de 50m des cours d'eau et des sites bénéficiant d'un statut de protection. 

Des alternatives indigènes au cotonéaster  

Parmi les alternatives au cotonéaster, le lierre (Hedera helix) est sans doute l’une des plus intéressantes. Cette espèce indigène est robuste, persistante et capable de couvrir efficacement le sol, tout en étant une source de nourriture importante en fin de saison pour les insectes et les oiseaux. Son cultivar arborescent est particulièrement intéressant en aménagement, car il forme des touffes plus structurées, tout en conservant les qualités de résistance et de couverture du lierre classique. C’est donc une solution durable et bien adaptée pour remplacer le cotonéaster, notamment sur talus ou zones difficiles. 

Genévrier commun

 

Le genévrier commun (Juniperus communis), en particulier le cultivar ‘Repanda’, constitue également une excellente alternative. Ce conifère couvre-sol, persistant et très rustique, est bien adapté aux sols pauvres, secs ou calcaires. Il forme une couverture dense sans devenir envahissant et s’intègre parfaitement dans des milieux ouverts ou rocheux. 

Genévrier commun

Les pervenches, qu’il s’agisse de la petite pervenche (Vinca minor) ou de la grande pervenche (Vinca major), sont aussi des options intéressantes pour couvrir le sol. Elles sont faciles à installer, demandent peu d’entretien et permettent de stabiliser les talus. La petite pervenche, plus discrète, est souvent mieux adaptée aux milieux semi-naturels, tandis que la grande pervenche est plus vigoureuse et plus haute. 

Pervenche

 

Le thym serpolet (Thymus serpyllum) représente une très bonne alternative dans les milieux secs et ensoleillés. Indigène, bas et très résistant, il s’installe facilement dans les sols pauvres et rocheux, tout en offrant un intérêt écologique important pour les insectes pollinisateurs. 

Thymus serpyllum

 

Le cotonéaster sauvage (Cotoneaster integerrimus) peut également être envisagé comme alternative aux espèces exotiques. Contrairement au cotonéaster horizontal, il s’agit d’une espèce indigène qui s’intègre naturellement dans les milieux locaux, en particulier sur les terrains calcaires et bien exposés. Toutefois, son utilisation reste plus limitée en aménagement : il n’est pas persistant (il perd ses feuilles en hiver) et il pousse moins facilement dans tous les types de sols, préférant des conditions bien spécifiques, souvent sèches et calcaires. Il constitue donc une alternative intéressante d’un point de vue écologique, mais moins polyvalente et moins “facile” que les espèces horticoles couramment utilisées. 

Enfin, le chèvrefeuille à cupule (Lonicera pileata) est souvent proposé comme alternative au cotonéaster en horticulture, en raison de son port bas et de son feuillage persistant. Toutefois, il convient de rester prudent : cette espèce est originaire de Chine et présente des caractéristiques proches de celles du cotonéaster, notamment sa capacité à s’enraciner rapidement à partir de ses branches et ses fruits dispersés par les oiseaux. Ces traits pourraient favoriser son expansion dans la nature à l’avenir et en faire une espèce potentiellement problématique si elle venait à se naturaliser davantage. 

Lonicera pileata

 

Et les autres cotonéasters ?  

Les autres espèces de cotonéaster méritent également une attention particulière. En effet, en dehors du cotonéaster horizontal et du cotonéaster sauvage indigène (Cotoneaster integerrimus), de nombreuses espèces exotiques sont cultivées en horticulture et déjà présentes en Europe. Certaines d’entre elles ont tendance à s’échapper des jardins et à se naturaliser, parfois dans des milieux sensibles comme les pelouses calcaires ou les zones rocheuses.

Des espèces comme Cotoneaster damneriCotoneaster dielsianusCotoneaster simonsii ou encore Cotoneaster salicifolius montrent déjà un comportement préoccupant dans plusieurs pays européens, où elles colonisent des habitats similaires à ceux du cotonéaster horizontal et peuvent entrer en concurrence avec la flore locale.

Même si toutes ne sont pas encore problématiques en Belgique, plusieurs sont à surveiller car elles possèdent des capacités de dispersion et d’installation comparables. Cela souligne l’importance d’une vigilance accrue vis-à-vis de l’ensemble du genre Cotoneaster, et renforce l’intérêt de privilégier des alternatives indigènes plutôt que des espèces exotiques.  

Conclusion 

En conclusion, le cotonéaster horizontal illustre bien comment une plante introduite pour ses qualités ornementales peut progressivement devenir problématique pour la nature. En colonisant des milieux sensibles comme les falaises rocheuses du sillon Sambre-et-Meuse ou les pelouses calcaires, il concurrence et remplace une flore locale souvent rare et spécialisée. Sa gestion demande donc des interventions adaptées au terrain, qu’il s’agisse de badigeonner les souches en milieu rocheux ou de procéder à un arrachage manuel en sol meuble. À plus long terme, la meilleure solution reste toutefois de ne plus planter cette espèce et de privilégier des alternatives plus respectueuses des écosystèmes, en particulier des espèces indigènes. Cette démarche est d’autant plus importante que certains cotonéasters locaux, comme le cotonéaster sauvage (Cotoneaster integerrimus), sont aujourd’hui menacés et nécessitent une attention particulière pour être préservés. 

Un article de Louis Noël, Conseiller Technique chez Adalia.

Sources