Idée reçue: les ruches sont-elles favorables à la biodiversité ?

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Au sein des espaces verts et des jardins, de plus en plus d’initiatives fleurissent pour préserver la biodiversité et essayer d’enrayer son déclin. Certaines de ces actions ont un impact très positif, d’autres paraissent être de bonnes idées mais ne permettent pas la sauvegarde des pollinisateurs. 

 

abeille sauvage
Abeille sauvage

Vous l’aurez peut-être compris à ce stade, non, les ruches ne sont donc pas forcément une plus-value pour la biodiversité. En effet, toutes les abeilles qui constituent une ruche sont sœurs car issues d'une même reine. Logiquement, elles font donc toutes partie de la même espèce Apis mellifera, dont le nom vernaculaire est abeille mellifère ou abeille domestique. En n’installant que des ruches, on ne favorise donc qu’une seule espèce sur les 400 présentes en Belgique. Par conséquent, la préservation des abeilles sauvages ne peut pas se faire en installant des ruches

 

Lorsqu’on met en place des actions favorables à la biodiversité, on ne vise donc pas les abeilles domestiques mais bien les abeilles sauvages qui peuvent s’installer dans divers types d’habitats : des tiges creuses, dans le sol, dans une paroi sablonneuse, des interstices divers, etc. Les abeilles sauvages sont majoritairement solitaires, même si elles peuvent vivre en bourgades (rassemblement de plusieurs individus indépendants). Seules quelques espèces, comme les bourdons, vivent en colonies. Comme elles sont solitaires, elles sont également très pacifistes et les piqûres sont rares.

 

asUne compétition peut aussi avoir lieu entre les abeilles domestiques et les abeilles sauvages. En effet, les abeilles mellifères peuvent avoir un comportement plus agressif en plus d’être des butineurs efficaces et généralistes. Cette caractéristique leur permet de visiter facilement un très grand nombre d’espèces de plantes. En sachant qu’une ruche peut accueillir 80.000 individus, on comprend aisément qu’il y a un risque de diminution des ressources pour les abeilles sauvages, qui sont plus efficaces sur leurs plantes préférentielles mais moins nombreuses. Plus les ressources sont limitées, plus cette compétition est importante. Il ne faut donc pas placer ses ruches n’importe où. Si voulez maintenir ou placer vos ruches, le mieux est de les installer là où la nourriture (arbres, arbustes, fleurs mellifères, plantes sauvages, etc.) se trouve en abondance pour les abeilles car tout le problème est là !

 

Le déclin des pollinisateurs, et particulièrement des abeilles, est en partie dû à la perte des ressources et la diminution de la diversité végétale. De plus, les abeilles sauvages peuvent être très spécifiques et ne butiner que quelques espèces de plante, voire même une seule espèce. Par exemple, la lysimaque commune est la principale plante hôte pour l’abeille Macropis europea, Melitta nigricans ne collecte du pollen que sur les plantes de salicaire et Colletes hederae ne butine quasiment que le lierre grimpant. A contrario, les abeilles domestiques sont plus généralistes, il est donc important d’avoir une grande diversité de plantes au sein d’un espace vert ou d’un jardin.

 

apis mellifera
Abeilles domestiques

 

Les ruches offrent bien sûr de nombreux services alimentaires (miel, pollinisation des fruits et légumes), économiques (production de la ruche et pollinisation des plantes cultivées), écologiques (pollinisation de nombreuses plantes) mais aussi éducatifs. C’est un outil très intéressant pour faire découvrir les abeilles, les observer, expliquer leur biologie, leur cycle de vie et ainsi parler des abeilles sauvages qui sont moins connues.

 

Pour conclure, la mise en place de ruches n’est donc pas de prime abord la meilleure option pour favoriser la biodiversité, néanmoins, les abeilles domestiques et sauvages ont leur place côte à côte dans nos espaces verts. Pour qu’elles puissent co-exister, il est important de diversifier les aménagements, planter plutôt que de dévégétaliser et laisser de la place aux plantes sauvages pour offrir de la nourriture en abondance à tous nos pollinisateurs, si essentiels.

 

 
GuideNB: Le SPW Agriculture, Ressources naturelles et Environnement vient de publier le guide "Implantation raisonnée d'un rucher en Région wallonne". Il est téléchargeable gratuitement via notre boîte à outils

"Une aide pratique à toute à toute personne confrontée à l'installation de nouvelles ruches. Le site choisi est-il adapté ? L'impact environnemental sera-t-il positif, entre autres pour la pollinisation ? Ne va-t-on pas être confronté à des problème de compétition entre pollinisateurs ? La localisation répond-elle aux critères légaux et aux besoins entres autres alimentaires, des abeilles ? Vous trouverez des réponses à ces questions et à bien d'autres. Les abeilles mellifères ont leur place chez nous mais nous devons nous assurer qu'elles peuvent vivre en harmonie avec les autres pollinisateurs, la flore locale, et également leur environnement social.